Vincent Gérard. Lame de Front.

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Déterminé, l’artisan de 47 ans monte au Front avec sa liste « Limoges Bleu Marine », en anticipant toute attaque des autres partis.

Il s’agite à droite à gauche, et s’excuse entre deux coups de fils : « Je suis à vous, j’en ai pour deux minutes ! ». Ce matin là, Vincent Gérard enchaîne les rendez-vous à la permanence du Front National. On le sent nerveux, et aussi très fatigué. « En ce moment, je dors quatre heures par nuit » raconte-t-il.

Autour de lui, l’ambiance est conviviale. Les habitués des lieux se connaissent tous et s’amusent entre eux. L’odeur du café qu’ils sirotent mêlée à l’ambiance conviviale du moment en ferait presque passer l’endroit pour le bistrot du coin. Cette image d’un Front National dédiabolisé, elle attirera, le même jour, une demi-douzaine de curieux et de sympathisants. Certains, même, seront venus  pour adhérer.

Depuis les élections présidentielles de 2012, c’est un véritable engouement que connaît le parti lepéniste. Ici, à Limoges, ville du socialisme, Marine Le Pen avait fait un score pour le moins insolent, avec ses presque 15%. Deux ans plus tard, la perspective des municipales permettra à Vincent Gérard de voir si la greffe a pris. Il se montre très optimiste, et affiche clairement ses ambitions : « Notre objectif, c’est de nous implanter localement. » Avec en prime, si possible, l’élection d’un conseiller municipal de leur camp. Mais s’il y a bien une chose dont se félicite la figure locale du FN pour l’heure, c’est d’avoir fragilisé l’hégémonie du maire sortant sur sa ville. « Grâce au Front National, il y aura un second tour aux prochaines élections municipales ». Faisant du PS et d’Alain Rodet ses principales cibles, l’homme avoue également espérer devancer la liste proche UMP conduite par Emile-Roger Lombertie. Tant qu’à faire.

Pour atteindre ces objectifs, les moyens et les militants ont été mobilisés, si l’on en croit le candidat. « Dernièrement, on a distribué près de 65 000 questionnaires à Limoges » déclare-t-il, suite au « grand sondage » qu’avait initié le parti à l’approche des municipales de 2014. L’objectif, explique-t-il, était de « mieux connaître l’avis des gens, y compris de ceux qui ne partagent pas nos idées ». Il avoue d’ailleurs avoir été étonné du nombre de réponses parvenues jusqu’à eux par la suite. « Les gens ont besoin de s’exprimer, parce qu’on ne leur demande jamais rien. Les politiques décident pour eux sans jamais les consulter ». Si aujourd’hui il se félicite de ce premier « succès », il n’oublie pas de dire qu’il le doit surtout au « dynamisme de la fédération locale ».

Quelques mois plus tôt, l’artisan de profession était nommé par la commission d’investiture du Front National siégeant à Nanterre sous l’égide de la présidente du parti. Une nomination qui a pourtant bien failli être compromise lorsque, peu de temps après, Vincent Gérard est poursuivi avec trois autres individus pour avoir violenté le patron d’un bar limougeaud. Le candidat était alors accusé d’avoir tenté de donner un coup de couteau à la victime. Si aujourd’hui il reconnaît qu’il portait effectivement son Laguiole sur lui ce soir là, il se dit avant tout victime d’un concours de circonstances. « J’étais tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Pour moi, cette affaire est close » balaye-t-il. Sa condamnation n’étant pas assortie d’une peine d’inéligibilité, l’homme reste le candidat de la liste « Limoges Bleu Marine » pour 2014. Seulement, il reste vigilant : il sait que ses adversaires l’attendent au tournant, et ne manqueront pas de lui rappeler cet « incident mineur » pour « se faire la tête du Front National », comme il le dit lui-même.

Lorsqu’il commence à s’intéresser à la politique, il n’est encore qu’un apprenti électricien. Dans les rangs du parti lepéniste depuis l’âge de 14 ans, il assure que son engagement est quelque chose de « très naturel » pour lui. « De congénital, je dirais même » raille-t-il. Car pour celui qui passa son enfance dans des cités modestes du département de l’Essonne, la solution face aux trafics, à l’insécurité et surtout, insiste-t-il, « à une immigration incontrôlée », c’était de s’engager en politique. Les années passant, le jeune militant deviendra guitariste au sein du groupe skinhead « Tolbiac’s Toads », lequel entretenait des liens étroits avec les mouvements nationalistes de l’époque. À l’approche de la cinquantaine, le père de famille n’a rien perdu de sa soif de changement. « Je ne veux pas que mes enfants aient à subir ce que j’ai subi » raconte-t-il. Naturellement, ces derniers suivent la voix toute tracée par leur géniteur : sur les trois, deux sont encartés au Front National. Le troisième est trop jeune, mais il y a fort à parier qu’il reprendra lui aussi le flambeau. « Il faut attendre encore », ajoute-t-il dans un sourire. Finalement, le FN, c’est un peu une histoire de famille. La sœur de Vincent Gérard peut en témoigner, elle qui l’assiste quotidiennement à la permanence de campagne avec les autres adhérents.

Comme son parcours politique, sa trajectoire professionnelle est celle d’un ambitieux. Une fois son BEP en poche, il devient ouvrier dans la région parisienne avant de devenir compagnon. Au bout d’une dizaine d’années, il décide de tout quitter pour aller fonder sa propre entreprise, à Chateauponsac. Durant tout ce temps, il verra évoluer autour de lui un vote ouvrier qui, hier encore, voyait de l’espoir dans les drapeaux rouges. À titre personnel, il ne connaîtra pas un tel désaveu : il n’attendait rien des dirigeants de droite et de gauche, et encore moins des élus communistes. Pour lui, la figure la plus marquante de la politique française aura toujours été celle de Jean-Marie Le Pen. « J’ai quasiment le même âge que sa fille Marine. Quand j’étais jeune, elle était déjà très impliquée. Ça m’a toujours marqué. »

Le moment venu de nous quitter, nous voyons à travers la porte vitrée de la permanence qu’un homme visiblement d’origine étrangère accompagné de ses deux petites filles s’arrête devant le local pour observer les affiches du Front National. L’individu, hagard, regardait les slogans accompagnant ostensiblement le portrait de Marine Le Pen. « Regarde les là-bas, ça apprend à lire… », glisse discrètement Vincent Gérard. Gênés, les militants ont ri jaune. Ils ne s’attendaient certainement pas à un tel écart de conduite. Du moins, pas en ma présence. À l’extérieur, en y prêtant plus attention, on pouvait lire « Unis, les français sont invincibles. »

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