Stéphane Bobin. Le grand débat large.

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Défenseur de l’indépendance et du réalisme, le petit nouveau de la politique locale veut redonner une place aux citoyens dans le débat.

« Il y a toujours un moment où les nœuds arrivent au peigne ». C’est en évoquant l’emprise électorale de la majorité sortante sur la ville de Limoges que Stéphane Bobin cite ce « dicton familial ». Et de poursuivre qu’il n’est pas normal qu’après vingt ans de pouvoir ininterrompu, le maire de Limoges continue de se brosser allègrement la chevelure sans craindre de perdre son pouvoir. « J’ai rencontré quelqu’un un jour qui m’a dit qu’il avait connu deux maires à Limoges, alors qu’il est né en 1957. De toute évidence, il y a des questions à se poser sur le renouvellement de la classe politique » déclare-t-il. À bientôt 47 ans, le porte-parole du mouvement « 55 citoyens pour Limoges » milite pour que la parole soit redonnée aux citoyens, à l’heure où la politique se professionnalise de plus en plus. Et il sait que la tâche sera difficile dans une ville où le parti socialiste est largement plébiscité par la population.

Printemps 2013. Ils sont quelques amis, et discutent souvent de la politique dans les bistrots et dans les soirées. À l’approche des municipales, ils décident ensemble de créer une page sur les réseaux sociaux où ils s’intéressent aux programmes des prétendants à la mairie de Limoges. « Rapidement, on a appris que le maire sortant allait être candidat à nouveau » explique Stéphane Bobin. C’est alors que l’un d’eux lance l’idée de former une liste citoyenne. « Aujourd’hui, la liste n’est pas complète, mais on a largement dépassé la moitié ». Confiant, il pense arriver au total des 55 citoyens requis pour présenter une liste le soir du 6 mars 2014. Au delà de la parité homme/femme imposée par la loi, il met un point d’honneur à ce que la tête de liste du mouvement soit une femme. « Les femmes ont une manière très différente de faire de la politique. Elles ont une place dans la société, un regard. »

À sa création, le mouvement « 55 citoyens pour Limoges » était présenté comme une liste citoyenne « apolitique », un vocable qui a suscité suffisamment d’agitation pour que son porte-parole revienne dessus. Aujourd’hui, il préfère employer « indépendance ». « Ce que nous voulions exprimer par là, c’est que nous nous tenions à l’écart, non pas des politiques, mais des partis politiques ». Une garantie, poursuit-il, de liberté qu’il considère comme la première des conditions pour qu’un citoyen devienne colistier. Un temps taxé de « sous-marin du Front national », il refuse catégoriquement que les idées de ce parti « antirépublicain » n’entrent dans le débat citoyen qu’il propose. D’autant qu’il attend de ce débat qu’il permette aux Limougeauds de retrouver l’envie d’aller voter, alors même que le taux d’abstention s’élevait à 38% aux municipales de 2008. Auditeur assidu des séances publiques du conseil municipal, il explique comment la majorité élue refuse tout dialogue, au mépris, souvent, des élus locaux de l’opposition. Dans ce contexte, se faire une place pour porter un nouveau projet n’est pas toujours bien reçu. Quelques mois plus tôt, il racontait comment un conseiller municipal sortant lui disait qu’il se faisait « des ennemis mortels en ce moment ». « La politique n’est pas un milieu facile. Il y a des enjeux de pouvoir » raconte-t-il.

Il passe son enfance en Touraine où tôt déjà il s’impliquait dans les structures dans lesquelles il se trouvait. Ce jeune des années Mitterrand est un élève épanoui, qui dit avoir toujours été délégué de sa classe. Son parcours commence ensuite dans le monde de l’enseignement. Puis bien vite rattrapé par sa passion pour le cinéma, il démarre comme pigiste au sein de sociétés de télévisions avant d’entamer une formation à l’INA. Aujourd’hui père de famille, il est scripte de production en région pour une société nationale. Stéphane Bobin est également un humaniste convaincu qui s’intéresse à l’autre. L’homme a une longue expérience associative au sein d’organisations humanitaires, mais il en parle peu, et préfère même ne pas évoquer ce sujet. « J’essaye de ne pas passer pour quelqu’un qui fait trop de choses ». On sent néanmoins en lui un goût pour les rencontres qu’il ne saurait cacher. « J’ai découvert que c’est en s’intéressant aux autres qu’on se fait du bien à soi-même » admet-il.

Depuis quatre mois, le petit nouveau de la politique locale enchaîne interviews, rencontres citoyennes et réunions. C’est sans relâche qu’il explique la démarche du mouvement qu’il représente. Le discours, il le maîtrise, et le ressort avec une chaleur dans la voix qui laisse entendre son goût du dialogue et de l’échange. Un échange sincère, au point qu’il se surprend à partager quelques souvenirs personnels. Sa vie privée, il n’en parle pourtant jamais.

Les propositions de « 55 citoyens » évoluent. Le dialogue constant avec les électeurs nourrit sans cesse le programme du mouvement. Les idées se veulent nouvelles dans une ville où le renouvellement de la classe politique n’est pas fréquent. « On est actuellement face à un parti à l’intérieur du parti qui fonctionne avec ses propres règles ». Une récente rumeur avait laissé entendre que l’actuel maire de Limoges, Alain Rodet, aurait accepté de ne pas mener la liste PS pour les municipales, en accord avec les règles nationales du parti et la future loi sur le non-cumul des mandats. L’équipe du maire sortant s’était alors empressée de démentir. Ce qu’il considère comme une « infraction complète », il s’en amuse avec un brin d’amertume. « Il y a un système local bien rodé » sourit-il, faisant bien sûr référence « à un certain patronyme ».

À la fin de notre entretien, il ironise : « Je suis épuisé, je vais aller me coucher ». Il va pourtant devoir continuer à mener la campagne à un rythme soutenu pour les prochains mois, et il assure qu’il le fera avec plaisir. Son engagement citoyen lui tient à cœur, c’est certain. Il en parle avec conviction. Mais il sait se montrer tout aussi déroutant lorsqu’il lâche : « D’un point de vue personnel, je n’attends rien de ce mouvement ». Désintéressé, donc, encore doit-il montrer aux Limougeauds que c’est d’eux, et pour eux, qu’il en attend beaucoup.

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